J'ai fait une liste, j'ai fait des vaccins, des visas, j'ai pas prévu grand chose, et je suis partie.
J'ai vite compris qu'il ne vaut mieux rien prévoir et se laisser porter par la vague du voyage.
Mes sens ont été sollicités comme jamais: j'ai senti des choses horribles qui m'ont donné envie de vomir, j'ai senti des parfums qui ont fait sourire mon cœur. J'ai vu des choses qui m'ont donné envie de pleurer et j'ai vu des merveilles qui m'ont coupé le souffle. J'ai goûté des trucs dont je me suis dit que je ne pourrai plus m'en passer, je me suis arrachée la gueule avec le piment. Je me suis fait démonter les tympans par les cigales qui font un bruit de scie électrique, j'ai été charmée par des musiques inconnues
J'ai eu pitié d'une chèvre qui essayait de ne pas tomber du toit du bus sur les routes tortueuses au Népal.
J'ai tapé sur des tambours face au soleil couchant se reflétant sur le lac.
J'ai pleuré d'être trop seule. Je me suis réjouie d'être tranquille et libre.
J'ai rencontré des gens incroyables et des gens ordinaires qui m'ont fait voir d'autres horizons, qui m'ont fait découvrir des choses inconnues.
J'ai trouvé sur la route des livres qui ont changé ma vie.
J'ai travaillé dans la jungle, j'ai écouté et étreint les arbres, j'ai traqué le moindre être vivant pour avoir ma dose de bonheur et d'émerveillement.
La forêt m'a offert une famille ephemere, des chevaliers servants, de nouveaux amis, et une nouvelle vie.
J'ai marché des heures dans la jungle, en pleine nuit, à pas de loups, pour essayer de voir des animaux.
J'ai été réveillée par les chants des gibbons.
J'ai escaladé, glissé, nagé, volé, couru et je me suis écorché comme jamais. J'ai répandu pas mal de sang dans la jungle. J'en garde une moche cicatrice sur le genou et une autre qui m'a allongé ma ligne de tête.
J'ai parlé 11 langues, 7 nouvelles langues que j'ai découvertes, dont deux que j'ai apprises. Il y a des endroits où je jonglais au quotidien avec 4 langues, anglais, français, espagnol et la langue du pays.
J'ai caressé des chiens mais j'ai pas joué avec beaucoup d'enfants.
J'ai grimpé sur les flancs de l'Himalaya, j'ai sympathisé avec les yaks. J'ai eu le mal des montagne et j'ai pas vu le léopard des neiges ni le panda roux. Mais j'ai compris que ma vie était dans la nature.
J'ai pas trouvé de sens à ma vie, j'ai découvert qu'il n'y en avait pas, qu'il fallait juste vivre, vivre pour de vrai le moment dans lequel on est, sans s'inquiéter ni du passé ni du futur, sans se torturer de questions sans réponses.
Je me suis dit que j'étais malheureuse, que j'avais envie d'être nulle part. Je me suis dit que je n'avais jamais été aussi heureuse et que j'avais énormément de chance d'être là et de vivre ça.
J'ai rigolé avec des gens sans comprendre un mot de ce qu'ils disaient. J'ai posé ma main sur l'épaule d'une cambodgienne qui pleurait a chaudes larmes dans un minibus.
J'ai parlé de la vie avec des gens qui n'avaient jamais voyagé et qui m'ont ouvert les yeux avec leur philosophie ancestrale.
J'ai parcouru des centaines et des milliers de kilomètres a pied, a velo, a moto, en tuktuk, en minibus, en bus (de tout pourri a super classe), en taxi, en moto-taxi, en bateau, en barque, en train, en avion, en autostop, en motostop, en camion, en... véhicules improbables que je ne saurais nommer. J'ai dormi dans des positions impossibles pendant les trajets de nuit.
J'ai grimpé à des arbres au Népal, en Thaïlande, au Laos, au Cambodge, en Indonésie et il faut que je retourne en Inde et en Malaisie pour réparer l'offense de ne pas l'avoir fait là-bas.
J'ai grimpé dans un arbre par l'intérieur. Et au bout de 30 mètres, quand j'ai enfin émergé de sa cheminée, c'était comme se faire enfanter par l'arbre.
J'ai failli tomber plusieurs fois a force de faire la funambule sur les grands arbres et je me suis vraiment fait peur quand j'ai vraiment basculé. Mais j'ai réussi a éviter de me rompre le cou et après coup, ça m'a fait bien rire.
J'ai escaladé des montagnes, des volcans actifs (ca pue le pet!), traversé des plaines, erré dans un désert, nagé dans des eaux douces, salées, bizarres, cristallines et magnifiques, brunes et dangereuses.
J'ai appris des jeux, j'en ai enseigné d'autres, j'ai chanté et j'ai dansé. La valse, la salsa, la cumbia, le lindy hop, le n'importe quoi, des danses lao, thaï et indonésiennes.
J'ai vu des dizaines de levers et couchers de soleil magnifiques.
Je me suis dit, c'est ici le paradis, j'ai pensé, c'est ici que je veux vivre. Mais je suis partie car j'avais soif de découverte et d'aventure.
J'ai goûté toutes sortes d'alcool et mangé beaucoup trop de riz. J'ai mangé des insectes frits.
J'ai appris comment tresser un panier, couper du bambou, cuisiner un rat, faire du feu avec pas grand chose, passer les vitesses sur une moto, faire des dreads, faire du macramé.
J'ai appris à repérer les animaux, à reconnaître leurs bruits, à deviner où ils étaient susceptibles d'être.
J'ai appris a faire avec les moyens du bord, à ne pas m'en faire, car akunamatata et il y a toujours une solution.
J'ai appris à me taire même quand je ne suis pas d'accord avec l'autre, et que les discussions animées et polémiques ne valent pas de bonnes discussions bon enfant où personne ne se contredit.
J'ai eu des fous rires pour rien, j'ai failli mourir de rire à regarder mes amis laos se faire une competition de saut à l'élastique. J'ai eu un fou rire sous l'eau, en pleine plongée. Ça fait beaucoup de bulles.
J'ai raconté un millier de fois mon voyage et ma vie a d'autres voyageurs que je croisais.
J'ai touché des serpents, des lézards, des grenouilles, des singes, des oiseaux, des poulpes, des poissons...
J'ai du tuer de mes mains nues un bébé rat pour que le chat arrête de jouer avec et le bouffe. J'ai dit bonjour au gentil chien de mon hôte et la seconde d'après, il s'est fait rouler dessus devant mes yeux et est mort. Ça m'a traumatisée. Et c'était pas la dernière fois que je verrai un chien mourir...
Je me suis fait escorter et protéger par une bande de chiens qui a passé la nuit à veiller sur mon sommeil dans mon hamac.
J'ai voyagé a deux et en solo. J'ai aimé et j'ai pas aimé les deux. Ça dépend des moments.
Je me suis presque pas ennuyée. Il n'y avait qu'à sortir pour qu'il m'arrive quelque chose.
J'ai joué comme une gamine dans des cascades multi-niveaux aux eaux bleues cristallines, quand je balancais des seaux d'eau à des inconnus dans la rue et dans les vagues "machine à laver" d'une plage secrète qui n'existe que la moitié de l'année.
J'ai comme par hasard assisté des ornithologues à recenser la migration des rapaces qui passaient juste au dessus de nos têtes. J'ai appris a identifier plein d'oiseaux et on m'a prise pour une ornithologue dans la jungle.
J'ai dormi dans un tipi deluxe, sans y avoir été invitée.
J'ai été invitée sur un yacht de luxe où j'ai bu du vin rouge et mangé des mets delicieux en pleine mer.
Je me suis jamais baignée dans autant de cascades et de sources chaudes de ma vie.
Je me suis fait scruter de haut en bas, touchée, au début je ne faisais rien, au bout d'un moment j'ai failli taper un indien et j'insultais les mecs qui me regardaient trop. J'ai appris à dire "arrête de me regarder" et "ne me touche pas" en 3 langues.
On m'a vomi dessus, j'ai vomi aussi mais pas au même moment. Mon systeme digestif a eu du mal à fonctionner normalement pendant des mois et pour finir, j'ai eu la dengue.
Mon corps s'est habitué aux assauts de moustiques et autres insectes et j'ai commencé à a peine remarquer les piqûres.
J'ai fait figurante dans le tournage d'une série anglaise, j'ai dansé la valse, porté une perruque et été filmée même pas floue à côté des acteurs.
J'ai vu des orang-outans et des calaos rhinocéros s'accoupler juste devant moi. J'ai un peu flippé en réalisant que j'étais seule dans une jungle inconnue et touffue avec un guide qui en pinçait pour moi et qui savait que personne ne savait où on était. Mais finalement ça va, on s'est bien marré. Haha.
J'ai fait de la plongée en espagnol, de l'apnée dans des eaux bleues turquoises et chaudes qui grouillaient de poissons multicolores, tortues marines et créatures étrangement magnifiques. Un émerveillement a tous les coins.
J'ai brisé de nombreux cœurs, mais des cœurs d'artichauds qui s'enflamment en 2 jours ou même quelques heures. Il suffit d'être blanche et de sourire. Ça m'a ouvert des portes qui me claquent au nez quand je les traverse. Je devais fuir à regret les artichauds...
On m'a appris à oser dessiner les trucs bizarres que j'avais dans la tête. J'ai dessiné et ça a plu, j'ai été engagée comme artiste peintre avec carte blanche, en échange de plongées gratuites. Peindre, plonger, peindre, plonger. Le pied.
J'ai voulu dormir dans mon hamac sur la plage. Il pleuvait alors on m'a offert de rester dans une petite maison que j'ai eu rien que pour moi pendant quelques jours. J'y suis toujours. Ma plage, mon hamac, ma maison, mon palmier et mes pinceaux. Je ne sais pas si je vais réussir a partir de cette plage.
J'ai décidé de ne plus rentrer, de devenir SDF, vagabonde et que "chez moi", ça serait juste là où je me trouve.
So far so good.
Pour l'instant tout va bien.
C'était une année incroyable et on va faire en sorte que ça continue. :)
Sempai jumpa lagi* les amis! Profitez bien de votre vie :D
*A bientot
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